Redemptoris Custos : 30 ans

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15 août 2019

Le 15 août 1989, il y a 30 ans aujourd’hui, était publiée l’exhortation apostolique Redemptoris Custos. Le père Tarcisio Stramare, collaborateur de saint Jean-Paul II pour la rédaction de ce document, se souvient de l’événement dans les colonnes de La nuova bussola quotidiana.

Père Tarcisio Stramare, vous avez collaboré avec Jean-Paul II à Redemptoris Custos : 30 ans plus tard pourquoi est-il important de redécouvrir les enseignements de cette exhortation apostolique ?

J’ai beaucoup collaboré surtout sur la structure théologique parce que c’est ce qui manque quand on parle de saint Joseph. Au-delà des bons discours sur les vertus ou les sermons qui réduisent saint Joseph à un homme bon, ce qui manque, et pourtant essentiel, c’est sa présence dans le plan de l’Incarnation. Il suffirait de suivre le schéma du Concile sur la Révélation, qui comprend trois éléments : les faits, les mots et le mystère qu’ils contiennent. Il s’agit d’approfondir le rôle de saint Joseph dans ce mystère. Sa première fonction est celle de « ministre du salut », où par « salut » nous entendons évidemment ce que Jésus offre aux hommes. Dans cette œuvre du Rédempteur, les hommes peuvent participer en tant que serviteurs du dessein de Dieu : la Gospa y participe de manière absolue, tout d’abord en servant Jésus comme mère ; et, à ses côtés, saint Joseph le servit comme père.

Est-ce là le point de départ pour comprendre le rôle de saint Joseph dans la Rédemption ?

Oui, au n° 8 de l’exhortation Redemptoris Custos (RC), il est écrit en effet que « Saint Joseph a été appelé par Dieu à servir directement la personne et la mission de Jésus par l’exercice de sa paternité ». La paternité est donc l’instrument que Dieu a mis entre les mains de saint Joseph pour servir Jésus, précisément comme père. Dans RC, la paternité comme principe théologique pour regarder saint Joseph est approfondie, principe qui « passe clairement par le mariage avec Marie, c’est-à-dire par la famille » (RC 7).

Dans RC, alors, son service paternel envers Jésus est-il plus évident ?

Exactement. Or, nous aussi, nous servons Jésus, mais pas directement, par son Église, tandis que Joseph Le servait directement. Lui, avec la Gospa, a pu toucher de ses propres mains la chair de Jésus, donc son humanité. Et de même qu’il était le gardien et le père de Jésus sur terre, il poursuit aujourd’hui sa mission paternelle de protecteur de l’Église. C’est pourquoi la première partie de la RC parle de sa paternité par rapport à Jésus et la dernière partie de sa protection envers l’Église. Il est ainsi rappelé que l’Église doit se tourner vers saint Joseph et l’imiter, c’est-à-dire qu’elle doit apprendre à servir Jésus, comme Joseph l’a servi avec Marie. Il est important de souligner son rôle avec Marie, qui est malheureusement souvent négligée par certains mariologues, comme si Notre Dame ne s’était jamais mariée.

L’expression « ministre du salut », contenue dans RC, appartient à saint Jean Chrysostome.

Chrysostome est un Père et Docteur de l’Église. Cela nous rappelle que les Pères de l’Église et les écrivains ecclésiastiques se sont toujours préoccupés de la figure de saint Joseph, il n’est donc pas vrai quand on dit que « rien n’est connu de lui »… Les Pères parlent beaucoup de saint Joseph parce que dans leurs homélies ils ont expliqué l’Évangile ; et le premier Évangile qu’ils ont expliqué était celui de Mathieu qui au début s’est concentré sur Joseph.

RC parle aussi de l’importance de Joseph par rapport au travail humain, rapproché du mystère de la Rédemption. Pouvez-vous nous expliquer ce passage ?

Le fait est que Jésus a « assumé » toutes les réalités humaines et, parmi celles-ci, une réalité primordiale est le travail. Jésus a donc aussi « assumé » le travail pour le purifier et le sanctifier. Or, saint Joseph, en tant que ministre du salut, s’est approché de Jésus pour travailler, lui a appris à travailler, l’a mis en contact avec le travail pour qu’il le sanctifie, pour qu’il soit, comme pour les autres réalités humaines, le Rédempteur de tous.

Immédiatement après avoir parlé du travail, RC souligne la primauté de la vie intérieure de saint Joseph.

Jean-Paul II souligne son silence, non pas comme silence pour lui-même, mais comme contemplation. Parce que saint Joseph n’était pas seulement un ouvrier qui est peut-être mort fatigué et n’a même pas pensé à Dieu… il était avant tout un contemplatif. Dans RC il y a ce petit chapitre où l’on explique bien comment réconcilier action et contemplation. C’est un passage fondamental car saint Joseph n’est pas un personnage « facile » qui peut être écarté comme un modèle d’homme pauvre et silencieux. Malheureusement, dans le domaine théologique, presque plus personne ne le regarde, dans les manuels de théologie, il n’est même pas mentionné, et il n’est pas clair qu’il est intimement lié aux mystères de l’incarnation et de la rédemption.

Toujours au sujet de la contemplation, que nous dit la grande dévotion qu’une contemplative et réformatrice du Carmel, comme sainte Thérèse d’Avila, avait pour saint Joseph ?

Elle nous dit que saint Joseph est précisément avant tout un modèle de contemplation. Chaque jour, il avait devant lui la Vérité, et il était certainement enchanté par la Vérité, qui est Jésus. Si la contemplation manque, même l’action devient… une simple action et c’est tout. Contempler signifie être saisi par la Vérité. Pour donner un exemple : vous travaillez sur la base de l’amour, donc, plus l’amour pour votre famille est fort, plus votre travail sera motivé. La contemplation est Amour et c’est à travers elle que le travail peut être lié à l’Amour. Contempler, c’est aimer, et aimer, c’est savoir : si vous aimez, alors faites-le avec engagement, avec sacrifice de vous-même. Saint Joseph a donné toute sa vie à Jésus parce qu’il l’aimait.

Considérant les deux derniers siècles comme un contrepoids à la sécularisation croissante, les Papes – depuis Pie IX qui le proclama saint patron universel jusqu’à nos jours – ont grandement encouragé la dévotion à saint Joseph. Mais aujourd’hui, dans l’Église même, le rôle de saint Joseph n’est pas « vu » : peut-on faire un parallèle avec le fait que la paternité, au niveau plus général de la société, est attaquée ?

Certes, en fait aujourd’hui il y a un besoin pour ce thème de la paternité et il est nécessaire de retirer Saint Joseph et d’en parler ! Si nous pensons au mariage, comment la théologie de la famille peut-elle se faire sans la Sainte Famille ? Oui, on dit que c’est un modèle, mais tout s’arrête là. C’est ainsi que seul le moralisme, et non la théologie, est fait. Nous devons comprendre que la famille fait partie intégrante de l’Incarnation et de la Rédemption et que dans la Sainte Famille, avec Jésus, il y a précisément Marie et Joseph. Dans RC il y a une référence à un sujet que j’aborde dans certains chapitres de mon dernier livre, à savoir l’appartenance de saint Joseph à la même union hypostatique. Parce que l’Incarnation de la Parole se fait par cette union qui exige la présence de Marie et de Joseph, ils ne sont pas des personnages périphériques. Ils font partie de l’essence de l’Incarnation, parce que Dieu s’est incarné dans une famille. C’est la grandeur qu’il faut souligner.

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