Saint Joseph a-t-il douté de Marie ? (1/3)

fr. Dominique Joseph

16 septembre 2019

On entend de drôle de choses sur la décision de saint Joseph cette nuit-là. On se rappelle en effet la nuit du songe comme d’une nuit d’angoisse, où l’ange serait venu sauver la situation, explique-t-on. Le Bon-Dieu, en effet, avait consacré deux millénaires à l’avènement de la Nativité et voici qu’au tout dernier instant, le brave Joseph était pris de doutes, semble-t-il, et risquait de tout compromettre (cf. Mt 1,18-25). On s’imagine alors qu’un ange fut dépêché du paradis à Nazareth pour éviter l’irréparable… Cette représentation fait du bon Joseph un mal nécessaire qu’il convient de canaliser afin d’éviter certains dommages irréversibles.

Ces idées résistent aux années non parce que saint Joseph est peu présent dans les récits évangéliques — le Bon Larron occupe une surface textuelle moindre mais il n’est pas autant caricaturé que saint Joseph —, mais parce qu’elles semblent relever du bon sens. On se dit qu’un homme chaste découvrant la grossesse de sa fiancée ne peut éprouver que le doute sur sa bien-aimée, voire la certitude d’être trahi. Comment penser autrement ?

Il faudrait se demander avant tout : pourquoi saint Matthieu a-t-il choisi de raconter cette anecdote ? Pourquoi faut-il que le croyant soit introduit dans le dilemme de saint Joseph découvrant la grossesse de Marie ? Il n’est pas dans l’habitude des évangiles de contenter les (pieuses) curiosités humaines — sinon, pourquoi appellerions-nous l’enfance de Jésus la « vie cachée » ? Saint Matthieu a-t-il le projet de démontrer la virginité de Marie ? Saint Joseph serait-il mis en scène pour convaincre le lecteur du premier évangile que le charpentier de Nazareth n’est pas le père biologique de Jésus ?

Marie a conçu du Saint-Esprit, évidemment

Saint Matthieu souligne, par exemple, les concordances du calendrier : Marie fut enceinte, écrit-il, « avant qu’ils aient habité ensemble » (Mt 1,18). Cette mention ne manifeste-t-elle pas une volonté de démontrer que Joseph n’est pas le père biologique ? Sans doute pas. Pendant les fiançailles, les rapports conjugaux étaient en effet tolérés, voire permis ; la distinction entre les fiançailles et le mariage se limitait à la vie commune. D’ailleurs, une femme pouvait être appelée indifféremment « épouse » quand elle était « fiancée » (cf. Mt 1,20) ou « fiancée » alors qu’elle était déjà « épouse » (cf. Lc 2,5). Que Jésus ait été conçu avant la vie commune ne sauvegarderait donc pas, aux yeux de ses contemporains, la virginité de Marie.

Relevons plutôt que, tout au long de l’Évangile, Jésus est appelé « fils de David » et non « fils de la Vierge », ni même « fils d’une vierge ». Si le projet théologique de saint Matthieu était de démontrer que Joseph, « fils de David » (Mt 1,20), n’est que le mari de la Vierge et que Jésus ne serait qu’un fils adoptif, il refuserait au Seigneur d’hériter de la titulature davidique. Dès lors, l’objectif premier de cette introduction n’est pas l’affirmation de la virginité de Marie — laquelle relève de l’évidence pour l’Église primitive : Jésus n’est pas engendré par un père, mais il est né de Marie, tout simplement (cf. Mt 1,16). Le chapitre introductif du Nouveau Testament révèle la réalité et la nature de la paternité de saint Joseph sur Jésus.

Alors, puisque la virginité de Marie était une évidence pour tous, ne l’était-elle pas pour Joseph aussi ? Ne devrait-on pas dire qu’il n’a pas douté ?

Après avoir trop écouté le prétendu bon sens de la psychologie critique, ne nous égarons pas à écouter des homélies trop désireuses d’attribuer à saint Joseph toutes les perfections angéliques. Il serait abusif de soutenir que l’époux de Marie n’ignorait rien du mystère à l’œuvre dans le sein de la Vierge. La découverte de la grossesse de Marie a été pour Joseph l’épreuve fondamentale de sa vie spirituelle…

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