Saint Joseph a-t-il douté de Marie ? (2/3)

fr. Dominique Joseph

23 septembre 2019

Ni Matthieu ni Joseph ne s’interrogent sur l’origine de l’enfant que porte Marie. Saint Joseph affronte la terrible question de connaître la volonté de Dieu sur lui. Or, pour savoir quoi faire, il faut savoir qui on est ; le savoir et l’accepter. Ce combat est celui de l’appropriation de son identité spirituelle.

Le vocabulaire choisi par l’évangéliste donne des indices de la réticence de saint Joseph à s’engager pleinement dans son mariage. Nous l’avons dit, saint Matthieu situe la conception de l’enfant « antequam convenirent » (Mt 1,18), avant que Marie et Joseph aient mené la vie commune. Le verbe latin convenire suggère l’idée d’une décision commune : le début de la cohabitation est convenu ensemble. Or, l’ange recommande à Joseph de prendre Marie chez lui, « accipere Mariam » (Mt 1,20), c’est-à-dire de la faire venir à lui, révélant ainsi que Marie est déjà décidée alors que Joseph tarde. Le fait que Marie soit enceinte le confirme. En effet, quoi qu’en dise l’esprit du monde, une femme ne s’engage pas dans un projet de maternité sans s’appuyer sur l’engagement d’un homme. Lorsque l’ange Gabriel fit l’annonce à Marie, elle était résolue à s’appuyer sur la fidélité de son époux.

Ce détail situe l’enjeu de la lecture. Au lecteur limitant son enquête à la découverte de l’origine de l’enfant, bien des données du texte sembleront contradictoires : si Joseph est « juste » (Mt 1,19), pourquoi ne veut-il pas dénoncer Marie qui n’est pas enceinte de lui ? Pourquoi décide-t-il de la répudier « en secret » (Mt 1,19), enfreignant ainsi la Loi ? Si Joseph ne soupçonne pas l’origine divine de l’enfant, pourquoi l’ange du songe ne dissipe-t-il pas tout malentendu sur un adultère ou un viol, seules explications humaines ? Au contraire, entendons la mention « vient de l’Esprit-Saint » (Mt 1,20) comme une confirmation de ce que l’époux de Marie sait déjà, de manière à introduire la réponse que le Ciel apporte au débat intérieur de saint Joseph : « tu l’appelleras du nom de Jésus » (Mt 1,21), c’est-à-dire que Dieu lui annonce qu’il sera le père de Jésus. Telle est bien la conclusion du récit : « et il l’appela du nom de Jésus » (Mt 1,25). Le premier chapitre de l’Évangile a donc pour objectif d’affirmer la paternité authentique de saint Joseph sur l’enfant divin. Dès lors, Jésus peut légitimement être appelé « fils de David ».

Ainsi, Joseph est confronté à la grossesse de Marie, « enceinte par le fait de l’Esprit-Saint » (Mt 1,18). Il s’agit de l’exposition littéraire, c’est-à-dire de la situation de départ, et non de l’énigme à résoudre. Vient aussitôt une complication : Joseph, son époux, « résolut de la répudier secrètement » (Mt 1,19). Comment a-t-il mûri cette résolution ?

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